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2026-03-11 15:17:50 +01:00

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Title: Soline Nivet
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Author:
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Typeof: entretien
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Cover:
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Bio:
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Text: [{"content":{"alignment":"","text":"<p>MG&nbsp;: Bonjour, merci Soline et Justinien davoir accepté cette invitation de discussion autour des programmes et des réseaux lié au infrastructure technique de lurbanisation parisienne lobjectif étant de réfléchir ensemble au rôle des architectes dans ces espaces.</p><p>Je commencerai par une première question pour Soline, dans Paris Ville Free vous analysez les mécanismes par lesquels l'entreprise fondée par Xavier Niel exerce une influence sur le territoire parisien. De quelle nature sont les espaces gérés par Free, et comment sinscrivent-ils dans le tissu urbain existant&nbsp;?</p><p>SN&nbsp;: Jai consacré une enquête que jai qualifié «&nbsp;darchitecturale&nbsp;» aux Équipements de Free qui est avant tout un opérateur de téléphonie et d'Internet, un des quatre principaux opérateurs. Nous pourrions definir les infrastructures comme des équipements techniques de transmission ou de stockage de données via des interfaces. Ces interfaces sont des équipements qui font le lien entre le réseau et l'usager qu'il s'agisse d'une Freebox d'une interface commerciale comme une boutique, mais aussi d'un forfait. Mais aussi de l'image publique d'un patron par exemple, j'ai qualifié tout ceci&nbsp;: lieu ou pas lieu, image d'interface.</p><p>Ces interfaces plutôt on va dire transparentes, c'est-à-dire qu'on les voit, mais on n'y est presque pas forcément attention, on ne se demande pas tous les jours quelle est l'esthétique de notre Freebox ou la raison formelle de notre forfait illimité.</p><p>MG&nbsp;: Daccord merci alors à propos de ces infrastructure plutot camouflé ou visibles Justinien comment est-ce que comment est-ce que vous expliquez cette différence qu'il peut y avoir entre des infrastructures qui seraient montrées et d'autres qui seraient camouflées</p><p>JT&nbsp;: Ça fait parti de lorigine de linfrastructure dabord dans l'étymologie, même du terme, originellement, on a cette opposition entre infrastructure et super-structure. Infrastructure c'est tout ce qui se situe en-dessous plus généralement , ça vient du domaine de du ferroviaire. Au dixneuvieme siècle, tout ce qui était infrastructure était payé par l'état, c'est-à-dire l'abaissement des sols, tout ce qui était la mise à niveau, mais aussi l'installation du ballas et des rails et tout ce qui était superstructure, c'est-à-dire matériel, roulant, gare était géré par les compagnies privées, qui, en plus récupéraient la plupart des bénéfices du développement de ces de ces réseaux ferroviaires.</p><p>Aujourdhui linfrastructure definit l'ensemble des des réseaux d'un pays ou d'une organisation . Et par-là, même on va comment dire établir sa bonne santé en regardant l'état de ses routes, enfin si je puisse dire si je puisse expliquer ça comme ça et des évènements comme l'effondrement du pont Morindi, par exemple à Gênes ont été pris comme un symbole de l'effondrement de la société italienne, de sa corruption de ses enjeux de ses enjeux politiques, donc il y a, il y a ce jeu de visible invisible qui qui revient tout le temps parce que les infrastructures si je puis dire dont nous sommes fiers, telles que les ponts, tels que les tours, tels que le viaduc de Mio, je je ne sais lesquelles cité. Celles-là elles sont mises en avant, elles se retrouvent sur des timbres, elles se retrouvent sur des cartes postales et dans des livres d'histoire.</p><p>Et puis il y a toutes les infrastructures cachées parce qu'elles sont alors les raisons on peut en discuter peu glorieuses angoissantes moches, il y a toute un tas de raisons pour pour les cacher. Fragile, critique , et là il y a tout un enjeu justement c'est ce que fait dans ce livre.</p><p>C'est ce que font des artistes aussi je pense à Trevor Paglen par exemple qui travaille sur les câbles sous-marins qui partent du port de Marseille, de révéler ces infrastructures et de remettre dans notre conscience collective, ces enjeux de câbles d'architecture, qui en fait façonnent le monde moderne et numérique, si je puis dire dans lequel on vit aujourd'hui.</p><p>MG&nbsp;: C'est assez intéressant ce que vous dites sur ces infrastructures qui seraient camouflées qui ne seraient pas présentées en fait qui auraient pas vocation forcément être vues. Pourtant, il y a quand même des gens qui les conçoivent. Est-ce que vous savez enfin vous pourriez m'expliquer le rôle et la place réelle de ces architectes dans ces dans ces espaces. Le rôle est réduit à une simple d'envloppe de dissimulation ou est-ce que l'architecte peut encore faire des choix</p><p>SN&nbsp;: D'abord il y a des choses qui ne sont pas vues non parce qu'elles sont cachées, mais parce qu'on n'est pas acculturé à les voir ou avoir envie de les regarder . Je suis pas certaine que beaucoup de gens regardent les antennes 5G qui sont fixés au-dessus de châteaux d'eau, je pense qu'on peut faire un tableau de paysage en faisant abstraction inconsciemment des infrastructures électriques qui passent. Donc il y a quelque chose sur cette question de l'invisibilité déjà qui est de l'ordre culturel, c'est-à-dire que il y a des choses qui ne sont pas camouflés, mais qu'on ne voit pas parce que on n' est pas acculturés à les voir. Parce que on ne les considère pas comme de l'ordre du paysage. On n'y prête pas attention tout simplement donc ça c'est une première chose.</p><p>Puis après il y a une autre catégorie effectivement il peut-être demandé à des architectes soit de faire des installations qui ne se voient pas, c'est-à-dire par exemple vous allez installer un data center dans un ancien centre de tri postal et juste la façade elle va pas changer. Donc quelqu'un qui passe devant, on peut pas deviner sauf si il sait reconaître à des indices d'équipement technique ou de ventilation que dedans ça a changé, sinon il ne verra pas. Et puis il y a aussi la catégorie du camouflage où on demande expressément à ce qu'un équipement soit camouflé, c'est-à-dire déguisé autre chose . Et là il y a une longue tradition de cette demande aux architectes de camouflage. Il y a tout un y a toute une toute une histoire du camouflage et notamment de la l'habileté, des architectes à camoufler des équipements et notamment dans des périodes de guerre par exemple dans les années 30.</p><p>JT&nbsp;: </p><p>Après là on touche aussi un peu au côté geek parce que en tant quamateur de l'histoire de l'urbanisme et l'architecture de Paris, il y a rue Lafayette, il y a ce fameux faux bâtiment qui est en fait une cheminée d'extraction du RER il y a tout un tas de choses comme ça effectivement ça remonte à une vieille tradition. Non pas forcément de village potemkine qui est ce fameux faux village pour lequel on organisait ça pour des visites du Tsar.</p><p>Et puis il y a un autre élément qui se reconnecte à l'histoire de ce concept d'infrastructure qui est une recherche qui est assez fondamentale dans les sciences sociales une sociologue dailleurs, je crois anthropologue américaine qui s'appelle Susan star STS and technology studies, les sciences de la technologie, les études des sciences et de la technologie en français, et qui établit tout un tas qui essaie de définir ce que c'est qu'une infrastructure ça c'est dans les années 90. Et notamment elle parle de qu'une infrastructure, c'est quelque chose d'invisible, sauf quand elle tombe en panne. Et donc là c'est le le fameux visible open breakdown, c'est-à-dire l'idée qu'une infrastructure est révélée quand elle s'effondre. Effectivement, on ne fait pas attention à un ascenseur , sauf quand tu tombes en panne et de la même façon à une autre époque, je pense que maintenant c'est de plus en plus fluide quand on avait une panne d'Internet, on était au téléphone avec le mec sur du centre Free par exemple qui vous disait aller voir dans la rue au bout de votre rue, il y a une une armoire marron.</p><p>Donc il y a aussi cet aspect effectivement d'acculturation des objets techniques, et puis une infrastructure en fait et peut-être penser pour être invisible aussi et pas pas mise en avant.</p><p>SN&nbsp;:</p><p>Et pour revenir à ce que je disais tout à l'heure, même avant le numérique, il y a une y a des réflexes qui sont des réflexes, pas seulement des des concepteurs aussi des réflexes de clients d'architecture.</p><p>Par exemple de vouloir que dans votre appartement, la plomberie et l'électricité soit encastrée. Comme ça on ne voit pas les tuyaux, on voit pas les goulottes ou les spots ou donc si vous voulez cette question de l'infrastructure invisible , elle vient pas avec le numérique avec l'idée qui a un secret ou un complot quelque chose qui ne serait pas démocratique. En fait-on est tous habitués à ne pas voir et à ne pas vouloir voir.</p><p>MG Cest infrastructure quotidienne sont elle issus dun projet idéologique, politique ou économiques ?</p><p>SN&nbsp;: Comment dire si je reprends avec ce que je viens de dire avant de le regarder comme un projet, il faut peut-être le regarder déjà comme une construction sociale ou culturelle.</p><p>Peut-être que quand des nouvelles techniques apparaissent ou en tout cas ça a été le cas et pour le numérique c'est moins clair mais je vais vous donner un exemple l'électricité elle a eu droit à deux expos universels dédiés plus un palais d'électricité, c'est-à-dire que son avènement a été célébré Et puis après elle est rentrée dans les usages etc, on n'avait plus besoin de palais d'électricité ou d'expo à la gloire de l'électricité. Elle, on a complètement incorporé son usage et ce qu'on appelle pervasif, c'est-à-dire, on l'utilise même sans plus avoir conscience qu'on l'utilise. Les égouts de Paris, au 19e pouvaient être visité en barque en famille le dimanche. Vous imaginez aller faire une petite balade en barque dans les égouts non mais ça veut dire que il y avait quelque chose lors de la découverte et que avant d'intégrer en fait cette nouveauté, il y avait une phase de découverte où on la regardé. Le numérique, les choses se sont passées beaucoup plus vite. Et peut-être qu'il y a pas eu cette phase là.</p><p>Qui font que la question la question du haut débit était vraiment un critère dans les classements de ces villes globales et dans la concurrence. Que la grande ville concurrente de Paris dans ces années là, début des années 2000, c'est Londres, qui est un échec cuisant pour Paris, c'est que c'est Londres qui remporte les JO de 2012 et pas Paris .</p><p>Et que dans les critères il y avait cette question là, donc il y a des compétitions et il y a un moment, il faut aller vite parce que la métropolisation est construite sur l'idée que ce sont les villes. Qui doivent attirer les capitaux et non plus les pays et donc il faut pouvoir proposer aux services industries financiers l'infrastructure pour le coup pour venir s'installer. Donc là il y a des enjeux où il fallait aller vite donc il fallait fibrer vite par exemple.</p><p>Je pense que c'est un faisceau de raisons de coïncidences, d'intérêts, de raisons, objectives, de raisons, peut-être moins rationnelles, etc. Qui fabriquent ou qui arrivent ou qui amènent à cette invisibilité.</p><p>JT&nbsp;: </p><p>Ce qui est intéressant, c'est que le mot d'infrastructure est inventé.</p><p>Je me suis amusé à retracer l'histoire parce que personne n'avait jamais fait, la première instance que je trouve de ce mot, c'est un contrat des frères qui sont des grands banquiers, des grands développeurs de l'industrie ferroviaire pour développer les chemins de fer vers la Russie. Et dans les échanges qu'ont ses frères, les frères entre eux, il y a cette idée que le chemin de fer amène la civilisation en Russie, et que en créant un monde globalisé, on crée un monde moderne, libre , éveillé, illuminé, etc. Par la raison et par par le progrès technique.</p><p>Donc dans l'idée d'infrastructure, il y a l'idée que le progrès technique est le bienfait de l'humanité. Donc là il y a un projet politique dans cette dans cet aspect-là, et c'est quelque chose qui reste encore tout à fait valide aujourd'hui dans l'idée de projet technique, il y a l'idée que en allant en passant de la 3G à la 4G en passant de la 4G à la 5G non non on vend pas plus de données et on vend pas plus de services commerciaux, on permet à l'humanité d'être mieux connecté de mieux se connaître que les réseaux sociaux irons plus vite que l'humanité sera la plus belle plus forte. Ce sont des discours qu'on retrouve tout le long de l'histoire. Les Saint Simoniens d'ailleurs et les freres pereires sont des saint simoniens, enfin sont vraiment influencés par cet idéal là .</p><p>MG&nbsp;: Comment renouveller nos imaginaire face a ces technologie&nbsp;?</p><p>SN&nbsp;: Cette question du non visible, ou du moins visible ou du camouflet ou du caché évidemment, elle provoque des réactions. Elle provoque des réactions de collectif qui sont citoyens, riverains, militants, artistes qui vont d'une manière ou d'une autre chercher à partager des données ou des connaissances ou à rendre visibles.</p><p>Je pense au collectif Robin des toits, par exemple qui depuis longtemps documente les installations d'antennes etc. Les travaux d'artistes qui tu en as cité tout à l'heure, Justiniens, qui montrent le passage des câbles, les matérialités du numérique à Marseille, les points d'échange , etc.</p><p>Les collectifs de citoyens qui en Seine-Saint-Denis, il y a une dizaine d'années ont commencé à voir qu'il y avait vraiment beaucoup beaucoup de data center et que ça posé question qui organisent des marches des balades urbaines des dimanches après-midi où on va de data center en data center en Seine-Saint-Denis Enfin voilà donc avec l'idée de remettre en fait en fait l'idée que à partir du moment où on voit, on peut en débattre.</p><p>Et donc de remettre en fait ses formes dans nos paysages sensibles pour qu'on puisse en discuter .</p><p>Et ça c'est un enjeu politique, décider de ce qui doit se voir ou pas c'est décider de ce dont on parle ou pas et donc il y a l'idée chez ces collectifs qui peuvent être de registre très différents cest donner l'idée que en fait donner à voir c'est donner à débattre.</p><p>JT&nbsp;: </p><p>C'est là où c'est aussi important nos institutions comment dire de paperasse, c'est-à-dire justement les permis de construire que les discussions en conseil municipal, que avoir accès au services de l'urbanisme pouvoir consulter les les permis de construire. Avoir une bonne compréhension des plans locaux d'urbanisme, c'est là aussiavoir accès à tous ces outils là qui sont des outils de contrôle, mais qui sont aussi des outils de contrôle citoyens et administratifs. Mais qui sont aussi des outils de compréhension pour pour aborder la ville et ses infrastructures. Et pour et pour bien les comprendre et là il y a un vrai travail de la part, pas des élus de la part des des urbanistes, des architectes et de tous les gens qui peuvent avoir accès à ces documents-là et qui peuvent les comprendre. Il y a un travail de vulgarisation des juristes, au travers d'associations ou tout un tas de courroies de transmission, mais ça c'est vraiment important et c'est toujours assez par exemple je sur un sujet un peu différent, mais qui est quand même connecté.</p><p>Le projet de refonte de la Gare du Nord qui a été abandonné par exemple c'était vraiment un signal très positif parce que c'est un comité de citoyens en alliance avec tout un tas d'architectes d'urbanistes, d'économistes et de personnes qui avaient un savoir professionnel d'experts qui ont fait chuter un projet qui moi j'étais d'accord avec eux qui était une sorte d'avoir pas du tout participé à cette mobilisation . Était un projet qui n'était pas du tout adapté, justement au futur, et et ne correspondait pas ce que voulaient en vérité, les parisiens.</p><p>Et puis toujours revenir à cette question de culture, avoir la culture des objets technologiques avoir des artistes comme Hito Steyer au jeu de paume, il y a quelques quelques mois qui avaient fait une installation hyper bien c'est sur la question des drones et sur l'intelligence artificielle d'avoir les travaux qu'on a mentionnés tout à l'heure comme ce Trevor Paglen, mais juste de montrer des images. Moi par exemple j'adore montrer l'image de des bateaux qui déroulaient des câbles entre Londres et New York pour établir le téléphone en fait, même l'idée.</p><p>C'est vraiment important puisque le c'est un combat si je puis dire culturel pour mettre en question cette invisibilité.</p><p>SN&nbsp;: Oui du point de l'enquête ou de la recherche effectivement on va beaucoup travailler à partir de tous les documents Qui sont des documents réglementaires en fait qui sont laissés par ces installations et donc qui sont des documents obligatoires, une déclaration de travaux ou un permis de construire et qui ensuite sont archivés. Et donc ces documents un permis de construire et il est signé par un architecte. Donc c'est un dossier qui est conçu par un architecte. Mais après il est déposé dans un endroit public où tout Le Monde peut aller le consulter et l'intérêt de la démarche d'enquête, c'est d'aller chercher les documents.</p><p>Justement les traces laissées, les documents, soit réglementaires qui réglementent, soit les documents de demande d'autorisation qui exposent les projets, les installations techniques Parce que c'est à partir de ces documents qu'on va remonter en fait le fil Et parfois même qu'on va retrouver des adresses qu'on va après ensuite aller voir in situ.</p><p></p>"},"id":"166a7d5e-64ae-46f0-af76-fb62c8bcae21","isHidden":false,"type":"interview"}]
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