Text: [{"content":{"text":"<p>Entretien avec Charlie Aubry, réalisé le 30 novembre 2025 par Martin De Bie.</p>","description":""},"id":"7213a49d-197c-491a-856b-644506821f8b","isHidden":false,"type":"description"},{"content":{"alignment":"","text":"<h5>MARTIN</h5><p>Bonjour Charlie, merci d’avoir accepté cet entretien pour la revue Décor numéro 6. Avant de commencer, j’aimerais revenir brièvement sur ton travail.</p><p>Tu es artiste plasticien, et quand on parcourt ton travail, on se rend rapidement compte que tu as un goût assez prononcé pour la collection, le démontage, le hacking de machines, le détournement d’objets souvent désuets et promis à l’abandon. Il y a aussi chez toi une manière assez forte de faire dialoguer une pensée complexe avec des formes très accessibles. Pour cela, tu utilises des médiums très variés : la vidéo, l’installation, des formes parfois plus sculpturales, avec une place souvent centrale accordée au son et à la musique que tu pratiques aussi à côté.\u2028Aujourd’hui, j’aimerais qu’on parle plus précisément de ton travail à travers une pièce, une installation : P3 450. Elle a été présentée aux Abattoirs de Toulouse en 2019, puis au Palais de Tokyo en 2020. L’idée, c’est de s’appuyer sur cette pièce pour comprendre ton processus de création, lorsque tu imagines tes installations. J’aimerais qu’on essaye de “craquer ton code créatif” qui me semble être davantage une posture qu’une méthode fixe, que tu appliques à chaque projet.</p><h6>Pour commencer, peux-tu nous décrire brièvement cette installation P3 450 ? Son origine, son fonctionnement, et ce que cela produit comme expérience pour le public ?</h6><h6>CHARLIE</h6><p>Déjà, merci pour l’invitation.</p><p>Pour P3 450, si on repart sur la genèse du projet, c’était en réponse à la loi sécurité globale qui donnait le droit aux autorités étatiques de scanner les visages et d’en tirer des informations, et ensuite de faire des croisements de ces données-là : trouver des identités, ou plein d’autres choses. Et je crois que c’est aussi lié avec l’arrivée des premières IA qui se démocratisent, le début de ChatGPT, plein d’autres outils, comme les petites cartes NVIDIA type Jetson Nano qui permettaient de faire tourner des petites IA de reconnaissance. Et d’un coup, à ce moment-là, j’ai commencé à réaliser la force de frappe de ces outils, ou qu’elles allaient avoir : dans les croisements de big data, pouvoir repérer quelqu’un, trouver son compte en banque, se rendre compte que tout est lié informatiquement dans des bases de données. On le voit quand on retrouve des gens en un claquement de doigts. Tous ces croisements entre la plaque d’immatriculation, le compte en banque, la CAF, etc.</p><p>J’y voyais quelque chose d’assez violent. Je me suis demandé comment ça pouvait se remettre dans l’espace public, enfin dans l’espace d’exposition, mais que ce soit pas utopique : quelque chose de réel, fonctionnel, et aussi fonctionnel juridiquement. À l’époque, on s’est entouré d’une avocate juriste dans le numérique : avec elle, on a trouvé le périmètre d’action, ce qu’on avait le droit de faire. Les lois changeaient tous les six mois : à un instant T ça marchait, et ça ne marche plus maintenant.</p><p>Je me suis entouré d’un docteur en intelligence artificielle qui s’appelle Jean-Charles Risch, avec qui on a travaillé en collaboration. Il est le grand architecte de l'installation.</p><p>L’installation ressemble à une espèce de data center. Il y avait l’idée de montrer la consommation, montrer ce que ça génère : des bips informatiques, des ordis qui travaillent, les câbles… On parle du cloud comme si c’était dématérialisé, mais en fait ça arrive vraiment à un endroit, un endroit qui récupère tout ça.</p><p>[..]</p><p>En fonction du visage de certains, ça bloquait pendant 30 secondes, et les écrans allaient chercher de la publicité, des choses attractives, pour ces personnes-l