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Title: Parade
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Author: Maude Guirault
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Typeof: essai
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Cover: - file://xuu8b2wnddqqo9u0
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Bio:
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Text: [{"content":{"level":"h3","text":"Mise en déforme de deux objets souples habillés de broderies"},"id":"dd9d16c9-ad83-47c2-ae9e-1e4e73ee020f","isHidden":false,"type":"heading"},{"content":{"level":"h4","text":"description de Parade"},"id":"fdd8e841-958b-47a1-8f72-36df893c7e00","isHidden":false,"type":"heading"},{"content":{"text":"<p>Aux extrémités de deux tubes de laiton courbés l’un vers l’autre, deux formes abstraites se font face. Chacune est recouverte d’un habillage brodé composé d’un fond de perles et paillettes aux nuances irisées. L’une des deux formes est parsemée de tubes de verre dorés. Sur l’autre, ils sont bleu foncé. Telles des membranes constituées d’écailles ou de radioles, ces broderies se trouvent à l’interface des deux formes. L’espace d’un instant, les éléments brodés semblent bouger. En les observant de plus près, l’observateur·rice, découvre que les deux formes se mettent discrètement en mouvement. Les tubes dorés et bleus bougent, se dressent, s’effleurent, se frôlent, se mélangent, se confondent. Pourquoi ces deux objets s’animent-ils ? Dans quelle mesure se déforment-ils l’un par rapport à l’autre ? Ces mouvements sont discrets, il faut donc accorder une attention particulière pour tenter d’interpréter ce qui se joue. Parfois, seul l’un des deux objets déformables semble aller vers l’autre dans un mouvement de va-et-vient, mêlant ses broderies à celles qui recouvrent l’objet qui lui fait face. Puis, il paraît hésiter, reprend, s’arrête, comme s’il s’était lassé. Soudain, l’autre bouge puis les deux objets se déforment de nouveau l’un après l’autre, l’un avec l’autre, l’un par l’autre.</p>"},"id":"5046949e-c52e-4295-8ff4-d1e9a8db3720","isHidden":false,"type":"text"},{"content":{"level":"h4","text":"introduction – contexte"},"id":"9b1de930-b44f-4251-8ed2-8f3c76371182","isHidden":false,"type":"heading"},{"content":{"text":"<p>Selon des travaux antérieurs(note: Nous pensons notamment aux recherches menées par Jonas Jørgensen (PhD, SDU Soft Robotics), Samuel Bianchini (HDR, EnsadLab), Mads Bering Christiansen (PhD, SDU Soft Robotics), Anna Schaeffner (PhD student, EnsadLab), Anicka Yi, etc.), même si elle est artificielle, la mise en mouvement d’objets déformables serait particulièrement expressive. Cette expressivité reposerait sur leur matérialité et l’esthétique organique de leur déformation. Le design de ces objets, –apparence, mouvements, sons ou encore textures–, définirait en partie les modes d’interaction entre humain et robot souple(note: La robotique souple est un domaine de la robotique communément appelé « Soft robotic » ou encore « robotique déformable » en français.). Si la mise en mouvement se situe au cœur des enjeux de la robotique déformable, elle se situe aussi au cœur de ceux de la broderie(note: Technique textile qui consiste à fixer des éléments -tels que des perles, des sequins, des cordons, ou des fils- appelés « fournitures », sur un textile que l’on nomme alors le « support » et ce, grâce à un fil et à l’aide de différents outils tels que l’aiguille, le crochet de Lunéville, la machine Cornely ou encore la brodeuse numérique.). Aujourd’hui, cette technique textile dite « d’ennoblissement » est principalement employée sur du vêtement, pour magnifier les mouvements et les courbes du corps qu’elle recouvre. En retour, le corps humain, en bougeant, révèle la matérialité et les nuances des éléments brodés. Voici ce qui nous a conduits à expérimenter des <em>habillages </em>brodés pour des objets déformables et à questionner la façon dont ils pourraient influencer l’expressivité du mouvement.</p><p>La plupart des études qui défendent l’idée selon laquelle l’esthétique et le mouvement de l’objet déformable façonnent les interactions humain-robot souple analysent ces relations à travers un face à face entre un seul humain et un seul robot souple(note: Par exemple, récemment deux études ont comparé l’effet esthétique de plusieurs prototypes de robots souples élaborés en plaçant le « soft biomorphism » au centre de la conception. Christiansen, M.B., Rafsanjani, A. & Jørgensen, J. “It Brings the Good Vibes”: Exploring Biomorphic Aesthetics in the Design of Soft Personal Robots. <em>Int J of Soc Robotics</em> 16, 835–855 (2024). <a href=\"https://doi.org/10.1007/s12369-023-01037-6\">https://doi.org/10.1007/s12369-023-01037-6</a>). Ici, les deux objets déformables mis en œuvre se font face et interagissent ensemble. L’humain ne fait pas partie du dialogue, il est externe à ce qui se joue. Pour résumer, <em>Parade</em> présente deux particularités : -les deux formes souples sont recouvertes d’habillages brodés, -et elles établissent une relation de forme à forme. Comment et pourquoi les habillages brodés de deux objets déformables pourraient permettre à ces derniers d’établir une relation de forme à forme et, dans quelle mesure cette relation pourrait-elle influencer l’expérience de l’observateur·rice ? À partir de <em>Parade</em>, ce texte se propose d’apporter des éléments de réponse, ou plutôt de réflexion, en trois temps. Le premier décrit ce qui naît du contexte d’exposition, ce qui se produit lorsque <em>Parade</em> est présentée à un public. Le second révèle la construction du « leurre », c’est-à-dire la méthodologie mise en œuvre pour amener le mouvement à paraître plus organique. Enfin, le dernier présente la manière dont la relation de forme à forme s’est façonnée grâce à la mise en mouvement de l’habillage brodé.</p>"},"id":"6f69f5cd-f017-4d58-84de-b5e1c53ca648","isHidden":false,"type":"text"},{"content":{"level":"h4","text":"ce qui naît de l’exposition"},"id":"de6bbfba-a380-487b-b5dd-cecf520f9e25","isHidden":false,"type":"heading"},{"content":{"text":"<p>Pour comprendre l’articulation des étapes de réflexion qui ont mené à concevoir et expérimenter <em>Parade</em>, il semble judicieux de présenter rapidement le fonctionnement technique de la pièce. Ces deux formes souples sont en silicone, elles se gonflent et se dégonflent de manière variable grâce à un flux d’air alimenté par un compresseur. Leur morphologie ressemble à celle d’une étoile de mer à six branches. Lorsque ces deux objets sont alimentés en air, les branches se gonflent et se déforment. Leurs extrémités se rejoignent légèrement vers l’intérieur, dans un mouvement qui ressemble à celui des doigts de la main qui se ferment.(note: Initialement, ces objets déformables ont été conçus pour <em>Mélanocyte</em> (Maude Guirault, 2023). La conception de ces objets souples est inspirée d’outils appelés « grippers » en robotique, des sortes de pinces molles développées aux prémices de la robotique souple.) En contexte d’exposition, un détecteur de mouvement discret, se trouve à ras du sol. Lorsque celui-ci détecte une présence, le programme informatique se lance, les lignes du code s’exécutent les unes après les autres. Ainsi, elles activent le système pneumatique qui alimente les deux objets déformables en air, de façon variable, en tentant de suivre un « scénario » préalablement défini.</p><p>Sur invitation de Samuel Bianchini, <em>Parade</em> fut présentée au Centre Culturel Canadien, dans le cadre d’une exposition intitulée <em>Oscillation(note: L’exposition Oscillation, était présentée dans le cadre de la Biennale Nemo, la biennale internationale d’arts numériques de la Région Île de France et courait du 16 octobre 2025 au 16 janvier 2026. Il s’agit d’une exposition collective rassemblant des œuvres et protocoles exploratoires issus de pratiques de recherche-création d’artistes, de designeurs, de chercheurs canadiens et français. Commissariat de Catherine Bédard, Samuel Bianchini, Marie-Pier Boucher et Alice Jarry.)</em>. Lors du vernissage, les deux formes brodées ont rapidement été comparées à des oursins. Ce n’est ni parce qu’elles imitent leurs mouvements, ni parce qu’elles ont la même morphologie, mais car les tubes de verre brodés évoquent des piquants et que la gamme colorée de la broderie rappelle le monde aquatique(note: L’aspect aquatique de la gamme colorée était souligné par l’éclairage changeant dans l’exposition, alternant entre des nuances blanches et bleues.). Ensuite des réflexions ont émergé à propos de l’effet étrange provoqué par l’impression d’être face à quelque chose de vivant, tout en ayant conscience que la mise en scène est artificielle. Animés, les habillages brodés fascinent tant par la richesse de leurs formes, nuances et textures, que pour le sentiment étrange qu’ils procurent. Tout en révélant la mise en mouvement organique des objets déformables, les broderies créent un contraste avec le reste de l’œuvre. Enfin, si les habillages sont souples, capables de se déformer et brodés d’éléments aériens, les socles eux, sont en laiton, un matériau froid, brut, rigide, lourd et inerte. Ce contraste renforce le caractère artificiel de la pièce. Pourtant, même si l’on sait que, malgré tout ce qu’elle a d’organique, l’œuvre n’est qu’un leurre(note: Terme employé par Emanuele Quinz dans la « presque introduction » d’un ouvrage intitulé « Le comportement des choses ». Emanuele Quinz, « Des objets à comportements, au comportement des choses : Journal d’une enquête (presque une introduction) », sous la direction d’Emanuele Quinz (dir.), Le comportement des choses, Paris, ArTec, Dijon, Les presses du réel, 2021, pp. 8-50.), la conjugaison de la broderie avec le mouvement des objets déformables amène à projeter un imaginaire, à se questionner sur les raisons des déformations de ces deux objets et donc, à l’interprétation.</p>"},"id":"69d06cd0-20f3-4e9c-bc0c-b2f6c8561c69","isHidden":false,"type":"text"},{"content":{"level":"h4","text":"construire le leurre"},"id":"8d9b6bc3-7c59-4ed5-953c-6618c22a0ce1","isHidden":false,"type":"heading"},{"content":{"text":"<p>Dans <em>Parade</em>, le mouvement s’initie au sein de l’objet déformable, il se diffuse dans l’habillage et se propage jusqu’aux extrémités des éléments brodés. Les mouvements des deux formes, légers et discrets, se propagent dans la broderie qui les amplifie et les révèle. Pour que la broderie prolonge le mouvement, qu’il se diffuse à travers elle, il était nécessaire de concevoir simultanément l’habillage brodé et la mise en mouvement. Ainsi, l’habillage brodé devait être adapté à la fois à la morphologie de l’objet qu’il recouvre ainsi qu’à sa déformation. Après avoir moulé les deux objets déformables en silicone et observé leurs mouvements, nous avons, avec Aska Yamashita, la directrice artistique de l‘Atelier Montex, procédé à la sélection des éléments à broder. Mener ces tâches en parallèle a permis d’élaborer un patronnage sur-mesure et de déterminer la position des éléments brodés pour révéler et prolonger les mouvements de chaque objet. Décrire et se projeter dans les mouvements des deux objets déformables recouverts de broderies a ainsi conduit à écrire de courts scénarios de déformation. Comment conférer la sensation d’être face à un organisme vivant, tout en programmant un scénario de déformation, une sorte de chorégraphie ?</p><p>Chaque objet déformable est relié à un capteur de pression qui permet de connaître leur état interne, en pression. Cet état interne est ensuite converti en valeur numérique. La valeur numérique attribuée à chacun des deux objets est une cible à atteindre en pression à un temps donné. Chaque objet a une capacité maximale en pression, c’est-à-dire une pression à laquelle la déformation de l’objet est la plus importante. De ce fait, les variations de ses mouvements se situeront entre 0 –aucun flux d’air donc aucune déformation– et la capacité maximale de déformation de l’objet. Ensuite, l’enjeu consiste à reporter le scénario rédigé en mots en une suite de valeurs numériques et ce, sans se perdre dans les lignes abstraites du code. Les états à atteindre pour chacun des deux objets déformables ont donc été représentés graphiquement, en courbes. Cela a permis d’une part, de mieux faire coïncider les valeurs mathématiques avec le scénario écrit précédemment et, d’autre part, de visualiser l’évolution des mouvements des deux objets déformables, leur façon d’osciller, dans quelle temporalité, etc.</p><p>L’oscillation, c’est-à-dire la variation d’un mouvement qui se répète, le changement de rythme, d’amplitude, de propagation ou encore de durée, serait l’un des facteurs qui renforcent l’effet vivant d’un objet(note: Isabel Casso, Hendry Ferreira Chame, Patrick Henaff, Yvonne N. Delevoye-Turrell. L’effet de l’oscillation dans l’interaction humain-robot. Drôles D’objets - Un Nouvel Art De Faire, May 2023, Nancy, France. hal-04428759). La relation entre les deux objets déformables mis en œuvre dans <em>Parade</em> se construit en partie grâce à l’oscillation du mouvement. Cette non-linéarité, cette évolution de l’état de la déformation, permet de traduire les différentes phases du scénario et donc, les différentes phases relationnelles qui se développent entre les deux objets déformables habillés de broderies. Revenons à nos représentations graphiques du mouvement. Comment deux objets pourraient-ils se déformer de façon organique si leurs mouvements sont dictés par des courbes, c’est-à-dire des lignes lisses et régulières reliant des points ? Pour atténuer le fonctionnement « trop programmé » des deux objets, trop contrôlé, la marge d’erreur a été augmentée, de telle façon qu’in fine, il soit impossible de provoquer deux fois une même suite de mouvements. Ainsi, les deux objets adaptent continuellement leur état ; ils tentent d’atteindre leur cible tout en négociant avec cette marge d’erreur. Concrètement, cela se traduit par des mouvements qui se lancent, s’atténuent, s’arrêtent un instant, reprennent, s’atténuent de nouveau, etc., et donc, par des mouvements qui semblent se chercher, hésiter, qui tentent des choses sans trop savoir quoi faire. Ainsi, alors qu’il est contrôlé, le mouvement devient quasi organique.</p>"},"id":"814e8fa2-3fa0-4f87-ab87-f568df435aca","isHidden":false,"type":"text"},{"content":{"level":"h4","text":"façonner la relation de forme à forme grâce à la mise en mouvement de l’habillage brodé"},"id":"8f6919dd-6995-4ebf-8b3e-bd24a7ef16ef","isHidden":false,"type":"heading"},{"content":{"text":"<p>Qu’il s’agisse de déambuler, d’impressionner un potentiel partenaire dans un but de séduction ou de dissuasion, ou encore d’assurer sa sécurité et donc de prendre soin de lui, le terme « parader » renvoie à la relation à l’autre. Lorsque deux organismes entrent en parade, l’un sera toujours plus assuré que l’autre. Ici, l’écriture du scénario a rapidement attribué certains traits de caractères aux deux objets déformables devenus personnages. Sans même chercher à le faire, de fait, l’objet déformable qui bouge le premier est celui qui paraît être le plus assuré des deux. Évidemment, cela s’applique si l’on considère que l’imaginaire projeté sur ces formes en mouvement relève du zoomorphisme.</p><p>Lors du vernissage de l’exposition <em>Oscillation</em>, l’un des deux objets déformables ne bougeait plus et l’autre exécutait ses mouvements de façon assez énergique pendant plusieurs minutes avant de s’arrêter lui aussi. Les broderies de celui qui bougeait, dressées, entrent en contact avec l’autre objet déformable, le pousse. Alors qu’il s’agissait d’un problème technique, les personnes face à l’œuvre ont imaginé que l’un tentait de « réveiller » le deuxième. Pour comprendre ce qui se jouait entre les deux objets déformables, ces derniers ont rapidement été comparés l’un par rapport à l’autre, non pas selon leur mécanique, c’est-à-dire leurs mouvements, mais bien en termes de caractère. L’un semblait plus avenant, cavalier, assuré, enjoué, curieux, alors que l’autre avait l’air plus patient, timide, réservé, discret, ou encore plus soumis au premier. Face à l’œuvre, la personne regarde, elle ne fait pas partie de l’interaction. Elle est externe à ce qui se déroule. Dans quelle mesure ce rôle d’observateur·rice pourrait-il permettre de mieux se focaliser sur le mouvement et donc encourager l’interprétation ? Ici, la relation s’établit de forme à forme uniquement, sans prendre en compte l’observateur·rice. Cette configuration ressemble à celle d’une observation de deux organismes à travers un microscope. L’observateur·rice semble s’oublier, il·elle se focalise sur le lien qui s’établit entre les deux formes. Contrairement à beaucoup de situations, l’observateur·rice n’a pas à se questionner à propos de la façon dont il influence le comportement de l’œuvre ; il·elle n’a pas à négocier avec les objets et leurs comportements. Par conséquent, même si les personnes face à l’œuvre ont émis des hypothèses, ont tenté d’interpréter les mouvements en comparant les deux formes, il est possible que l’observateur·rice se sente beaucoup moins concerné·e, beaucoup moins mobilisé·e que s’il faisait partie de ce qui se joue, de l’interaction.</p><p>Dans l’hypothèse où les différences entre les deux formes favoriseraient leur comparaison et donc la projection d’un imaginaire, la matérialité joue un rôle très important, qu’il s’agisse de celle des objets déformables eux-mêmes ou de celles des habillages brodés. En plus de l’écriture du scénario, la matérialité participe à déterminer une forme de « caractère », de singularité, d’identité propre à chacune des deux formes animées de <em>Parade</em>. D’abord, les deux objets déformables, moulés à la main et chacun leur tour, présentent de légères différences. Cela signifie que chacun se déforme d’une façon qui lui est propre et que, par conséquent, une même ligne de code sera interprétée différemment par l’un et l’autre. Ensuite, de la même façon qu’un vêtement révèle le mouvement du corps humain autant qu’il le contraint, ici, chaque habillage brodé oriente la déformation à sa manière. Dans notre cas, cela s’explique à la fois par le poids de la broderie, qui est bien supérieur à celui des deux objets déformables habillés, ainsi que par la manière dont la brodeuse a réparti les éléments brodés. En effet, si l’un des habillages contient plus de tubes de verre, sequins ou paillettes, ou s’ils sont répartis de façon moins homogène sur l’un que sur l’autre, alors les habillages brodés ne contraindront pas le mouvement de la même façon. L’objet déformable nu, c’est-à-dire sans habillage, se déforme complètement différemment comparé à lorsqu’il est recouvert de l’habillage brodé. Telle une gaine, l’habillage contraint les mouvements de l’objet déformable et les oriente. Enfin, pour renforcer l’identité propre de chaque objet, les propriétés esthétiques des deux habillages sont légèrement différentes. Si, initialement, les deux objets devaient être vêtus d’habillages brodés identiques ou presque, nous avons finalement sélectionné des tubes de verre bleu foncé pour l’un et dorés pour l’autre. Ainsi, même lorsque les habillages fusionnent, que leurs broderies se mélangent, chaque objet est identifiable.</p>"},"id":"144a85b9-ee80-47bb-a31e-a562af0b8b32","isHidden":false,"type":"text"},{"content":{"level":"h4","text":"conclusion"},"id":"0ffab8b3-e755-4c59-b2f0-0e9364219fc1","isHidden":false,"type":"heading"},{"content":{"text":"<p>Que signifie le fait d’habiller un objet déformable à la manière dont on habillerait un corps humain ? Comment des habillages brodés pour des objets déformables peuvent-ils participer à repenser la relation qu’entretiennent les corps avec les matières souples qui les vêtent ? Les broderies qui recouvrent les deux formes souples de <em>Parade</em> ne sont pas employées seulement pour leurs propriétés esthétiques. Le mot « habillage » n’est évidemment pas choisi par hasard : l’étymologie de ce terme renvoie à l’« action de mettre en état »(note: Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales. « Habillage, subst. masc. ». Consulté le 22 décembre 2025. <a href=\"https://www.cnrtl.fr/etymologie/habillage.\">https://www.cnrtl.fr/etymologie/habillage.</a>). Ici, l’habillage, en plus de magnifier et de révéler le mouvement, le contraint, l’oriente. L’habillage est donc pleinement en « action de mettre en état » : il est au cœur de la mise en forme, ou plutôt de la « mise en déforme » puisque c’est bien d’orienter la déformation de l’objet dont il s’agit. Alors qu’un programme définit préalablement les mouvements pour mettre en forme, les habillages brodés, eux, façonnent la déformation. En plus d’établir une relation de forme à forme entre les deux objets déformables de <em>Parade</em>, ils permettent de changer le mouvement en comportement et donc, d’influencer l’interprétation de la personne qui observe.</p>"},"id":"8ef01ba6-36f9-428f-aae4-0f9235ea123c","isHidden":false,"type":"text"}]
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