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Title: Bye Bye Google! Bye Bye Meta!
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Author:
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Text: [{"content":{"text":"<p>Par un jeudi pluvieux de novembre 2025, à la galerie de l’École de Recherche Graphique à Bruxelles, plusieurs personnes se sont réunies autour d’une table aménagée par Ergote Radio pour parler de Bye Bye Google! Bye Bye Meta! \u2028\u2028</p><p>L’émission décortique le passage des plateformes propriétaires aux logiciels libres dans le cadre d’une école d’art. Ce texte prend sa source dans ces échanges et en restitue les réflexions autour des outils libres, du travail collectif, de la documentation et de l’autonomie numérique. \u2028+ phrase de renvoie au contenu web ? (format podcast + une biblio/annexe comme ressourcerie / ‘pour aller plus loin’ avec les références mentionnés dans l’émission et d’autres ressources complémentaires)\u2028\tCette discussion fait partie d’une une série de conversations intitulée Vers Une Partition Ouverte, animée par Joachim Ben Yakoub et Audrey Samson, actuellement chargés d'accompagner la mise en place d’outils pédagogiques à l’Erg. En étudiant les dispositifs et les infrastructures existantes de l’école non comme des cadres fermés, mais comme des points de départ pour des mélodies possibles, ce programme de réflexion collective se pose une question simple : comment faire école ?</p><p> L’émission Bye Bye Google! Bye Bye Meta! s’appuie sur un choix de l’école – renforcé notamment pendant la pandémie – en faveur d’une transition progressive des plateformes digitales normatives et propriétaires vers les logiciels libres, tant dans l’enseignement que dans l’administration de l’Erg. Les outils numériques utilisés par l’école reflètent ce désir de permettre le travail et l'action collective, c'est-à-dire la lecture et l'écriture collectives. </p><p>Le choix d'éviter les GAFAM1, d'héberger localement et d’employer des outils et des manières de faire qui priorisent le faire sens collectif plutôt que l’optimisation constitue un des piliers de l’ERG, mis en pratique à travers Erg Nomade2. Prenant en considération l'hégémonie du capitalisme managérial, cette façon de faire radicale résonne avec le projet pédagogique, qui lui aussi se veut ouvert et partageable, défendant la liberté d'exécuter, d'étudier, de modifier et de partager ses codes.\u2028</p><p>Invité.e.s\u2028\u2028\tMatteo Tenisci est étudiant à l'Erg en art numérique. Il s'intéresse au travail collectif et l'élaboration d'outils libres qui permettent l'archivage et l'échange au sein d'une communauté.\u2028</p><p>Defne Elver, étudiante aux Arts Décoratifs de Paris, est en mobilité d’études à l’Erg en art et design numérique, au moment de cette émission.\u2028</p><p>Lud(ivine) Loiseau est graphiste et typographe. Elle est membre active de l’association Open Source Publishing*. Ludi est co-fondatrice du média Médor* et de la collective Bye Bye Binary*.\u2028</p><p>Maxime Hackerman est invisible sur le net. Il à longtemps assuré les rôles de l’Erg Nomade, initié La Saint·e Claude* et piloté les projet Bye Bye Google et Bye Bye Meta.</p><p>Michael Murtaugh conçoit et étudie des bases de données communautaires, des documentaires interactifs et des outils pour de nouvelles formes de lecture et d'écriture collaboratives en ligne. Il est directeur du cours Experimental Publishing Master XPUB au Piet Zwart Institute de Rotterdam. Il est également membre de Constant* et de l'Institute for Computational Vandalism*</p><h6>\u2028\u2028Avant de commencer nous voulions insister sur la distinction entre open source et logiciels libres. \u2028Est-ce qu'il y a une différence entre les deux ?\u2028</h6><h5>Lud\u2028i\u2028</h5><p>On retrouve souvent dans l’acronyme FLOSS (Free, Libre et Open Source Software) un ensemble, mais il est important de préciser les distinctions. Open Source est un concept plus récent, apparu à la fin des années 1990. Ce sont deux visions différentes : le Libre relève d’une philosophie, soutenant des valeurs politiques et éthiques, tandis qu’Open Source est plutôt une méthodologie de diffusion des logiciels, une manière de développer et d’ouvrir les logiciels.On peut donc dire que le logiciel Libre est forcément Open Source, mais pas forcément gratuit — une idée souvent mal comprise. En revanche, les logiciels Open Source ne sont pas forcément libres, ou du moins pas au sens philosophique du terme.\u2028 Il est crucial de spécifier cela pour se situer par rapport à ces mouvements, qui portent aussi une généalogie de misogynie et de racisme. L’histoire du Libre a été majoritairement façonnée par des espaces très blancs, cisgenres et masculins. Certaines personnes peuvent donc ne pas se sentir à leur place dans ces espaces.\u2028 Cette semaine, nous avons comme invité·es des personnes venant des Beaux-Arts d’une école au Cameroun, apportant une autre perspective : celle de populations qui n’ont ni les ressources, ni le temps, ni l’envie de s’inscrire dans ces espaces en raison de leur histoire très blanche et raciste. Il est donc nécessaire de rappeler cela pour se situer à notre échelle, au sein de l’école, et affirmer notre position par rapport au projet pédagogique. Cette réflexion s’inscrit également dans une temporalité d’apprentissage. C’est dans ce contexte, et au sein d’un projet d’écriture collective et inclusive, que ces outils prennent vraiment sens pour nous.</p><h5>Comment est-ce que nous définissons ce choix en terme de valeurs? Comment l'open source comme métaphore peut nous aider a comprendre l'ouverture du projet pédagogique en général?\u2028\u2028\u2028</h5><h5>Maxime\u2028\u2028</h5><p>Dans le cadre des projets de l’Erg Nomade, nous avons essayé de rendre disponibles toutes les informations sur l’historique de la campagne Bye Bye Google sur le wiki de l’Erg. L’idée était de rendre le projet reproductible, et pas seulement de pouvoir dire qu’on est les seuls à avoir quitté Google. Nous avons documenté le processus, identifié les points de friction et ceux où tout était plus facile, pour que, si quelqu’un voulait recommencer, il puisse s’appuyer sur différentes expériences.</p><p>Cela a été possible grâce à un écosystème existant à Bruxelles, et à l’Erg en particulier, qui permettait de choisir le logiciel libre pour l’infrastructure numérique de l’école. Je pense aux fournisseurs associatifs comme Tactic ASBL, capables de proposer et de maintenir des services pour une institution. Toutes les structures associatives n’ont pas le savoir-faire technique ni les ressources humaines nécessaires pour assurer le maintien des serveurs pour une institution.\u2028\u2028</p><p>Il y avait aussi une volonté de la direction : répondre à la crise Covid non pas avec les solutions des MAGA3, mais avec des solutions plus éthiques et logiques. Cette volonté s’inscrit dans une tradition et une culture du libre, ainsi que dans une réflexion critique sur les géants du logiciel.\u2028 Le soutien de l’équipe enseignante a également été essentiel. Plusieurs professeurs ont participé à la mise en place du service. \u2028La transition s’est faite par étapes. L’école utilisait Google Workspace depuis 2009. Google proposait alors un accès gratuit aux associations et aux institutions d’enseignement, ce dont l’Erg a profité, comme beaucoup d’écoles d’art. À l’occasion des confinements, il y a eu la création d’une adresse mail pour tous les étudiant·es ainsi que la création d’un compte cloud sur un Nextcloud. Tous les étudiant·es avaient donc un compte mail et un compte cloud. Dans les premiers mois, les communications passaient encore par plusieurs canaux en parallèle, le temps que les usages se stabilisent.\u2028\u2028\u2028D’un point de vue légal du RGPD4, les serveurs sont censés être situés sur le territoire européen afin d’assurer la protection des données personnelles confiées à l’institution.\u2028 Un choix politique est alors fait par la direction : placer les données sur un serveur localisé en Belgique et s’assurer qu’il n’y ait pas de copies en dehors de ce territoire. Les données confiées à Tactic sont hébergées en Belgique, avec des sauvegardes dans un autre data center. Des lectures des conditions générales de Microsoft et de Google ont montré qu’il n’était pas garanti que les serveurs utilisés soient uniquement basés en Europe. On ne peut donc pas assurer pleinement le respect de la vie privée. C’est une question de confiance et d’interprétation du RGPD.\u2028 C’est dans ce contexte que nous avons recentré l’Erg Nomade sur l’infrastructure numérique ainsi que sur la promotion de l’usage et de la philosophie du logiciel libre à travers des formations, des permanences et différents dispositifs de soutien.</p><p>Techniquement, passer les données de Google à autre chose n’était pas le plus difficile. Le plus difficile, c’était le changement d’habitudes.\u2028 Nos habitudes avec Gmail, Microsoft Office ou macOS viennent de notre propre autoformation. Nous nous sommes autoformés à ces outils. Là, une formation et un accompagnement étaient proposés, ainsi qu’une adaptation du logiciel libre aux besoins concrets des personnes. Il s’agissait d’adapter le logiciel à la personne, et non plus la personne à un logiciel existant identique pour tout le monde. Et ça, ça a fait du bien.</p><p>L’open source, je le résume parfois comme du libre sans la politique. Et la politique, c’est faire des choix ensemble. Il s’agit de mettre en avant la communauté et de trouver une nouvelle manière de faire ensemble et de s’accompagner mutuellement. Le reste découlait de là, c’est-à-dire des questions techniques qui trouvaient des solutions techniques. C’est un peu l’inverse de ce que font les GAFAM, qui vendent des solutions techniques en portant un projet de société fondé sur l’efficacité et le profit. Ce n’est pas ce que l’on fait dans une école, encore moins dans une école d’art. Cela vaut le coup de tester autre chose.</p><h5>Michael\u2028\u2028</h5><p>Je vais apporter une réponse depuis ma perspective puis m’attarder sur l’exemple du site de l’école en format wiki. Dès le départ, nous avons eu la chance de pouvoir prendre nos propres décisions concernant les outils et l’infrastructure. Le programme évoluait relativement en dehors du radar de l’institution dans son ensemble. Avec le temps, cela est malheureusement devenu de moins en moins possible. Pourtant nous restons encore une sorte de petite bulle au sein d’une institution plus vaste qui, malheureusement, repose largement sur Microsoft comme plateforme.\u2028\u2028\tC’est pourquoi je trouve cet exemple du wiki particulièrement stimulant et intéressant. D’une certaine manière, cela correspond aussi à notre point de départ à Rotterdam.</p><p>Je vais d’abord évoquer quelques thèmes généraux concernant la manière dont je pense les logiciels libres et l’open source, sans même entrer dans la distinction deja faite, mais plutôt à travers les valeurs qu’ils portent pour nous.\u2028</p><p>Tout d’abord, il y a cette idée fondamentale de penser le processus plutôt que le résultat ou le produit. Lorsque l’on distribue un logiciel libre, il s’agit avant tout de code source et de documentation. Cette documentation ne concerne pas uniquement la manière d’utiliser le logiciel, mais aussi la manière dont on peut le traduire en quelque chose que l’on peut réellement s’approprier et utiliser. Cette traduction implique, encore une fois, de penser en termes de sources plutôt que de produit fini.\u2028\u2028</p><p>Cela suppose également de reconnaître que l’on ne commence presque jamais à partir de zéro. C’est une idée assez profonde. Nous avions d’ailleurs organisé une exposition intitulée Not From Scratch. À l’échelle du logiciel, cela signifie reconnaître que l’on construit à partir de fragments provenant d’autres logiciels. Le logiciel est complexe ; il demande du temps, de l’attention, beaucoup d’énergie — culturellement et techniquement — comme bien d’autres choses. Le fait d’empaqueter un logiciel avec sa documentation rend également explicites ses dépendances, comme on les appelle techniquement.\u2028\u2028\tCe sont là des valeurs pédagogiques fortes. Cela revient aussi à penser la production culturelle comme une prise de position contre la notion du « génie créateur ». Le logiciel libre incarne réellement ces idées. C’est aussi une manière, très concrète, de penser nos communs. Les communautés du logiciel libre prennent soin de ces relations : si votre projet dépend d’un autre projet, la relation avec la communauté qui le porte devient essentielle.\u2028\u2028</p><p>Pour faire court, nous avons commencé à utiliser un logiciel appelé MediaWiki. C’est un outil pédagogiquement intéressant, puisqu’il s’agit du logiciel qui se trouve derrière Wikipédia. Il est important de rappeler que Wikipédia est certes un site extrêmement populaire, avec sa propre communauté et sa propre histoire, mais que le logiciel qui le soutient peut être installé et utilisé indépendamment. Nous disposons donc désormais de notre propre « Wikipédia » pour le cours, ou pour l’institution. Cela entraîne un déplacement : on passe des préoccupations liées aux conditions d’utilisation (terms of service) à une réflexion sur un code de conduite et des règles d’engagement. De nombreuses questions émergent ; c’est un exemple extrêmement riche.\u2028\u2028</p><p>Dans son usage institutionnel, le wiki a eu un effet assez profond. Il a d’abord été utilisé pour la prise de notes dans un cours technique de programmation. Il a ensuite été rapidement adopté pour d’autres usages : écriture collective, annotations, calendriers, listes d’inscription aux tutoriels. Il s’est diffusé dans d’autres programmes de master. Il propose une forme particulière d’ouverture et, je dirais, un caractère non prescriptif. La théoricienne Ursula Franklin5 parle du caractère prescriptif de certaines technologies comme d’un aspect problématique : la manière dont elles déterminent et formatent nos usages. Elle oppose à cela la notion de technologie holistique, beaucoup plus flexible, que l’on peut adapter à différentes situations. Les wikis possèdent précisément cette qualité.\u2028\u2028\tAu sein de l’institution plus large, cependant, le wiki est perçu comme techniquement suspect. Nous avions commencé à recevoir des avertissements concernant les « dangers des infrastructures fantômes6 (ou parallèles ?) ». Du point de vue managérial, il s’agit évidemment de gestion du risque et de contrôle de l’information. Pourtant, l’ironie est que le wiki est auto-hébergé — non pas hébergé sur place, mais sur des serveurs que nous administrons nous-mêmes. Il s’agit donc d’une solution particulièrement pertinente en matière de confidentialité et d’autonomie. Les serveurs auto-administrés résolvent de nombreux problèmes.</p><p>Ici, à l’Erg, je faisais partie d’une équipe avec Alexia de Visscher, Stéphanie Vilayphiou et d’autres collègues. Nous avons traduit l’ancien site basé sur des logiciels libres vers un format wiki. Nous recherchions précisément cette ouverture propre au format wiki, ce caractère holistique dont parle Franklin, qui n’empêche pas l’ajout continu de nouveaux contenus et usages.</p><h6>\u2028Quels sont les défis de cette utilisation, mais aussi les bienfaits que cela représente pour le collectif ?\u2028\u2028</h6><h5>Ludi\u2028\u2028</h5><p>Je peux commencer par un bout de réponse, même si ça s’étend un peu en dehors de l’école. Un des défis, c’est cette question du réapprentissage et de la transmission de ces outils, qui fonctionnent différemment, qui sont interdépendants d’autres outils, et qui nécessitent d’apprendre ou de travailler à plusieurs. Cela marque une différence fondamentale avec d’autres outils, pensés dans une logique individualiste.\u2028 Dans d’autres collectifs en dehors de l’école, on me dit souvent : « Tu as eu la chance d’avoir eu le temps d’apprendre, de réapprendre ces logiciels. » Et c’est vrai que c’est un luxe de pouvoir se dire : là, j’abandonne InDesign et je me mets à utiliser un autre outil. Cela veut dire trouver le temps pour l’apprendre.\u2028\u2028 Dans des contextes d’urgence, comme ceux que nous rencontrons en tant que graphiste face aux contraintes de mise en page, c’est important de prendre conscience que c’est justement dans le cadre de l’école qu’il faut saisir cette opportunité. Cela permet d’acquérir une souplesse vis-à-vis des outils, sans forcément avoir une approche radicale. On en a parlé : il s’agit aussi de comprendre qu’il existe des outils libres et des outils non libres, de comprendre les nuances, les différences, ce qui motive chacun des programmes, pour comprendre différentes logiques. Acquérir cette souplesse et cette autonomie permet, une fois sorti·e de l’école, de ne pas dépendre d’un seul modèle. Je pense que le cadre scolaire est vraiment le moment idéal pour se confronter à cela.</p><p>Par rapport aux bienfaits pour le collectif, je reviens à la notion de matériel, de hardware. Dans une structure — je pense par exemple à Médor — la question de l’autonomie par rapport au matériel est centrale.\u2028 On voit bien comment les logiciels privatifs, notamment dans le graphisme, proposent des mises à jour très régulières qui demandent que la machine se mette à jour, ce qui oblige à changer d’ordinateur plus souvent. Cela met aussi des barrières au travail collectif : si l’on n’a pas la même version du logiciel, cela complique la collaboration. Travailler en collectif nécessite un ensemble d’outils solide sur le long terme, qui ne change pas tous les ans. Pouvoir garder un ordinateur pendant une dizaine d’années, ce n’est possible qu’avec des logiciels libres.\u2028\u2028\u2028\u2028\u2028Michael\u2028\u2028Nous essayons de laisser beaucoup d’espace et d’éviter ce qu’on appelle le « tool shaming ». Il s’agit, d’une part, de reconnaître que quelqu’un peut arriver en utilisant InDesign ou d’autres outils propriétaires, et que cela fait partie de son parcours. Nous voulons vraiment laisser cet espace.\u2028 Nous nous appuyons notamment sur l’essai intitulé Awkward Gestures de Femke Snelting7. À un moment donné, Femke a arrêté d’utiliser InDesign, en réfléchissant à sa pratique et aux frustrations liées à la manière dont les designers et leurs outils sont intégrés dans une chaîne de production créative. Son texte, parle beaucoup des outils, mais reste très accessible pour les étudiant·es en design. \u2028 Cette approche rejoint l’idée de ralentissement, et reconnaît que l’école est un espace pour expérimenter, échouer et apprendre. L’objectif n’est pas de hiérarchiser les outils, ni d’imposer des rôles, mais de créer des situations intéressantes, de construire une dimension collective et de ne pas être prescriptifs. Cela fait également partie de l’usage d’un format ouvert, qui permet de combiner plusieurs outils, ou de travailler de manière moins numérique, car le numérique est très prescriptif par nature.</p><h6>\u2028Une dernière question que nous aimons poser à tout le forum : une projection dans l’avenir. Cette question est inspirée d’un film de Chris Marker. En 1984, il avait reçu une commande d’un syndicat pour célébrer son centenaire. Plutôt que de faire un film commémoratif classique, il s’est projeté cent ans dans le futur, pour interroger le syndicat lui-même. Nous aimerions faire la même chose : non pas faire l’éloge de l’ERG mais rester dans une posture critique.\u2028\u2028Comment voyez-vous l’ERG et ses infrastructures numériques en 2078 ?</h6><h5>Michael\u2028\u2028</h5><p>Le fait que vous mentionniez Chris Marker me fait penser à autre chose. Il est intéressant de réfléchir à l’avenir de la publication, notamment avec l’IA — même si c’est un autre sujet. Notre wiki, par exemple, est déjà affecté par des scrapers, par des tentatives d’aspiration de données. Beaucoup de sites auto-hébergés rencontrent ce problème. Cela change notre manière de penser ce qui est en ligne, la publication numérique, les réseaux.\u2028\tEn 2018, j’ai vu une exposition de Chris Marker à la Cinémathèque française, en coproduction avec BOZAR (Palais des Beaux-Arts, Bruxelles) En plus de ses films, il avait créé des chatbots. En 1983, il a développé un programme appelé Dialector. Il a travaillé avec des artistes comme Agnès Varda, et on pouvait dialoguer avec une version chatbot de ces figures.\u2028 Cela me fait penser qu’au lieu de grands modèles de langage centralisés, on pourrait imaginer des modèles plus petits, communautaires, construits à partir de collections spécifiques de savoirs. Des modèles portables, proches d’un livre imprimé, mais capables d’ouvrir de nouveaux espaces de création et de design. Voilà où vont mes pensées.</p><h5>Maxime\u2028\u2028</h5><p>Je pense qu’en 2078, l’informatique telle que nous la connaissons aujourd’hui n’existera plus. Et je ne parle pas d’une révolution totale par l’IA qui ferait tout à notre place. Je pense plutôt au fait que Google, Microsoft et d’autres travaillent déjà avec des sociétés privées qui fournissent de l’énergie électrique produite à partir de centrales nucléaires. Donc, je pense que d'ici 2078, il y aura de nouveaux Tchernobyl ou Fukushima qui vont apparaître, où l'électricité va devenir tellement chère qu'on ne va plus pouvoir alimenter les datacenters et les humains, que l'eau va devenir tellement rare qu'on ne va plus pouvoir alimenter les datacenters et l'agriculture, comme c'est déjà le cas à Taïwan. Et donc, du coup, on ne va pas du tout pouvoir aller vers ce modèle d'informatique qui consomme toujours de plus en plus, avec de l'IA incorporée à votre système d'exploitation, incorporée à votre manière d'accéder à Internet, une IA forcée à tous les étages.\u2028 Je pense que ce serait, idéalement, mieux de retourner vers une informatique un tout petit peu plus sobre, énergétiquement parlant, et dans la manière d'écrire le code. Parce qu'il faut savoir qu'on parlait de… faut pas faire honte à certains logiciels plus qu'à d'autres, mais il est quand même… j'ai pas les chiffres exacts en tête, mais juste faire tourner un ordinateur sous Windows, sans avoir allumé un programme, c'est la même chose que de faire du montage vidéo à temps plein sur un ordinateur sous Linux. Donc c'est juste faire allumer son ordinateur qui demande des capacités, donc demande des minerais, demande du travail à moitié esclavagisé chez Foxconn à Shenzhen. Enfin bref, vous voyez où je veux en venir.\u2028\u2028\tDonc l'informatique verte, locale, bio et de saison n'existe pas, évidemment, mais il y a quand même des informatiques qui sont plus sobres, à la fois en énergie, en matériaux et en connaissance.\u2028 Donc j'espère que le futur nous amènera vers ça, que ce soit avec des logiciels libres ou pas, mais je pense que si ce n'est pas avec des logiciels libres, je ne vois pas trop comment ça pourrait être fait.\u2028\u2028\u2028\u2028Ludi\u2028\u2028Il y a en effet de nombreuses raisons d’être pessimiste. Comme tu le dis, de gros projets des MAGA sont financés par divers acteurs privés. Je pense notamment à l’ouvrage Apocalypse Nerds8. En parallèle, d’autres sujets paraissent urgents : violences policières, racisme, génocide, montée du fascisme. On a parfois l’impression que ces enjeux sont déconnectés, mais ils sont en réalité liés.\u2028C’est pourquoi il est important de rester conscient de ce lien et d’essayer de reprendre la main, à notre échelle, sur ces technologies. Souvent, cela semble impossible : les interfaces et les couches logicielles sont complexes, et comprendre toutes les strates d’une page web demande un niveau d’apprentissage très élevé. Il est facile de se décourager.\u2028Pourtant, depuis plusieurs années, comme le mentionnait Michael, de petits groupes expérimentent une reprise en main presque artisanale du code : HTML, CSS, et autres langages. Je pense au projet Déclarations de DorianeTimmermans. Ces initiatives montrent que, par petits groupes ou au sein de communautés plus larges, il est possible de reprendre le contrôle sur les langages numériques. Cela donne une force considérable et dynamise la pratique.\u2028J’espère que, en 2078, il existera toujours de petites échelles de savoir, comme tu le suggères : des connaissances situées et fédérées. Ces nouvelles communautés permettront néanmoins à d’autres de se retrouver et de créer leurs propres espaces. Peut-être qu’il n’y aura plus d’école d’art, mais il y aura toujours, je l’espère, des petites collections de connaissances bien actives.</p>"},"id":"a5b3fad9-f8be-4242-b0ac-a13846968cbd","isHidden":false,"type":"text"}]
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