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2026-01-05 19:33:15 +01:00

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Title: Jean Widmer : «Quand on a une idée, il faut la réaliser, même si on sait quelle ne fonctionnera pas»
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Chapeau: <p>Dans un entretien avec Odilon Coutarel, Paul Judic et Eugénie Zuccarelli les trois jeunes graphistes auteur.es du catalogue «&nbsp;Jean Widmer, une traversée&nbsp;» le célèbre artiste suisse, designer entre autres des identités visuelles du Centre Pompidou et de l'Institut du Monde Arabe, revient sur sa philosophie de l'enseignement et la logique sensible de ses créations.</p>
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Text: [{"content":{"text":"<p>En 2019, lÉcole des Arts décoratifs consacrait une exposition et un colloque à lœuvre et à lenseignement de Jean Widmer, à qui lon doit entre autres davoir totalement rénové la pédagogie de la communication visuelle, au sein de cette même école. Le catalogue qui rend compte de cet événement, <a href=\"https://www.lespressesdureel.com/ouvrage.php?id=7464\"><em>Jean Widmer, une traversée</em></a> vient de paraître. Loccasion dune conversation entre ce graphiste essentiel et trois jeunes étudiant.e.s qui se sont inspiré.e.s de ses méthodes pour rendre hommage à son génie créateur.</p>"},"id":"1ebc4a9b-8c27-49b8-b250-18430ae66330","isHidden":false,"type":"text"},{"content":{"images":["file://h6hivgu4wmsnxgmv","file://jkixi1ufyzyzarjy","file://eegq1akt2uyogeqo"],"caption":"Vues de lexposition","ratio":"","crop":"false"},"id":"75758705-5244-4302-94b7-f42ef79e4881","isHidden":false,"type":"gallery"},{"content":[],"id":"15d4d2d3-bb7c-4e09-85ac-67dcf082fb5a","isHidden":false,"type":"break"},{"content":{"alignment":"","text":"<p><strong>Comment ce projet a-t-il vu le jour?</strong></p><p><strong>Odillon Coutarel&nbsp;:</strong> Laurent Ungerer, qui enseigne le design graphique à lÉcole des Arts déco, avait la volonté de créer un événement pour fêter les 90 ans de Jean Widmer. Il nous a proposé de nous en charger. En partant de lidée de dialogue intergénérationnel, Laurent a organisé un atelier pour les élèves de première année, puis on a développé le projet dexposition et de colloque.</p><p><strong>Jean Widmer&nbsp;:</strong> Je trouvais cette idée très séduisante, mais ce qui minquiétait cest que je devais ressortir toutes mes archives et je me demandais combien de temps cela allait me prendre! Je craignais que cela ne mempêche de peindre, ce qui est désormais mon activité principale. Cest une idée que je trouvais intéressante dans le contexte de lenseignement tel quil est pratiqué aujourdhui, beaucoup plus porté sur la typographie quà mon époque.</p><p><strong>Eugénie Zuccarelli&nbsp;:</strong> On est allés avec Laurent Ungerer chez Jean Widmer et on a tout sorti. Dans les réserves, il y avait en particulier des caisses de projets et surtout toutes les recherches de couleurs, de formes, présentées dans de grands classeurs. Ils étaient assemblés pour présenter aux clients les idées et les archiver, comme on peut le faire aujourdhui avec un PDF. On les a feuilletés avec Jean qui nous les a présentés et cest comme ça quon est tout de suite entrés dans la matière même de son travail.</p><p><strong>OC&nbsp;:</strong> Il y avait des éléments qui nous intéressaient, notamment du début de sa carrière, avant son travail pour les galeries Lafayette, des travaux quil ne tenait pas spécialement à montrer, mais qui nous semblaient intéressants parce quils permettent de comprendre la progression de sa pratique.</p><p><strong>JW&nbsp;: </strong>Oui, jétais un peu réticent parce que cétait le début… Je venais darriver en France et je nai pas continué dans la publicité. Je me voyais plutôt comme le «graphiste de lEtat», si lon peut dire, parce que javais reçu des prix, que mes commandes étaient celles de musées, tout était apporté par des concours. Certes, il fallait les gagner. Mais moi jaimais bien faire des concours, ce qui nétait pas le cas de tout le monde. Et javais développé une méthode pour les concours, en outre. Cétaient de grands travaux qui demandaient une équipe. Quand jai créé lagence Visuel Design, cela permettait de traiter plusieurs commandes en même temps. Lorsquun graphiste était chez nous depuis plusieurs années, quil sétait formé à nos méthodes, on pouvait commencer à lui confier des projets. Certains travaillaient sur lidentité visuelle des musées, dautres sur des pictogrammes, etc. Cest cette envergure nouvelle qui caractérise un peu ce qui nous avons apporté, je crois.</p><p><strong>Paul Judic&nbsp;:</strong> Ces archives nous ont aussi permis de découvrir de nouveaux aspects de son travail de designer. Sa pratique actuelle de la sculpture et de la peinture est une suite logique de sa vision du design. Celle-ci lamène à interroger différemment une forme graphique et à la faire évoluer autrement, de la deuxième à la troisième dimension, du plat au volume.</p>"},"id":"ab1086af-1453-449d-a95f-a890bee30bce","isHidden":false,"type":"interview"},{"content":{"location":"kirby","image":["file://5anwxl3z2yr7robi"],"src":"","alt":"","caption":"Recherches pour le commissariat de lexposition","fullwidth":"false"},"id":"4ea33bc2-2ad6-404c-b366-386efb927e18","isHidden":false,"type":"fullpageimage"},{"content":{"text":"<p><strong>Cest précisément en partant de cette capacité à interroger les formes que vous avez décidé tous les trois de «traduire» en quelque sorte lesthétique widmérienne via la couleur, de vous réapproprier certains de ses principes et, comme on dirait en art, de réactiver ses protocoles… Comment avez-vous reçu la proposition, Jean Widmer?</strong></p><p><strong>JW&nbsp;:</strong> Le projet était assez risqué parce que le catalogue ne présente pas mon œuvre au sens simple, mais il en présente plutôt une traduction en couleurs, lesquelles sont soumises de nos jours à de nouveaux procédés dimpression. Or, quand on travaille, disons, avec des couleurs primaires comme cela se fait traditionnellement, on peut tout changer certes, mais cela ne modifie pas complètement lœuvre&nbsp;: ça fausse, ça renouvelle, cela donne une sorte de symphonie. Mais là, avec les nouvelles techniques dimpression, cétait plutôt un nouveau terrain pour faire quelque chose dentièrement neuf. Jai mis un peu de temps pour comprendre le cheminement qui les avait menés à ces choix et ce système de couleurs, parce que je nai pas voulu intervenir dans le processus. Mais au final, cela me ressemble quand même&nbsp;: je retrouve mes formes!</p><p><strong>OC&nbsp;:</strong> Quand lidée de la réinterprétation des couleurs dans le catalogue nous est venue, elle ne devait concerner quune partie de louvrage et une autre partie aurait présenté les travaux de Jean avec leurs teintes dorigine. Nous avons ensuite abandonné cette idée pour le parti pris plus radical de la réinterprétation totale des couleurs avec la gamme du catalogue (bleu, rouge, jaune et vert). Jean nous a suivis et nous a même encouragés dans ce projet, notamment convaincu par leffet de notre gamme de quatre tons directs appliquée à ses célèbres affiches pour le CCI (Centre de création industrielle) des années 1968-1972. Il y a trouvé des combinaisons de couleurs intéressantes, qui, loin dabîmer les versions originales, en proposaient des visions alternatives.</p><p><strong>EZ&nbsp;:</strong> Cest vrai que les idées ont fusé de notre côté, et quon a vraiment saisi lidée du terrain de jeu. Cétait un travail déquipe très enrichissant dont Jean Widmer avait lhabitude avec Visuel Design. On essayait aussi de mettre en avant la dimension collective du travail. Cette réflexion autour de la couleur est venue des discussions que lon a pu avoir avec Jean Widmer et Laurent Ungerer, limportance de lattention à la chromatique du catalogue et son potentiel nous ont sauté aux yeux.</p><p><strong>OC&nbsp;: </strong>Nous avons présenté à Jean notre intention didentifier lensemble de lévénement (exposition, colloque, catalogue, etc.) uniquement par de fines bandes de couleurs fondamentales. Ces bandes fonctionnaient comme un signal sur les supports de communication et, pour la signalétique de lexposition, elles permettaient de structurer visuellement les espaces. Au moment daborder la question du catalogue, nous avons voulu souligner la matérialité du livre en imaginant un dos à la couture apparente. Ce type de reliure donne à voir la structure du volume, constitué de minces cahier verticaux, liés entre eux par une couture horizontale. Cest une grille régulière sur laquelle nous avons imaginé une composition abstraite de bandes colorées imprimées sur le pli des cahiers. On peut dire que tout a commencé par cette composition abstraite sur lépine dorsale du futur catalogue, avec lenvie de faire une démonstration géométrique en volume et en couleurs. La taille de ces bandes a été déterminée par lespacement standard des coutures de reliure. Et cet espacement est devenu la clé du système qui ordonne tout le livre&nbsp;: linterlignage du texte, la taille des images et leur hauteur dans la page. Les couleurs de ces bandes sont par ailleurs celles des images auxquelles elles sont liées à lintérieur du livre. Chaque image dans le livre est rattachée à son nuancier dimpression de deux, trois ou quatre couleurs. Le nombre de couleurs détermine le nombre de bandes, et donc la taille des images. Jean Widmer la souvent répété, il fonctionne par systèmes dans son travail, dans ses œuvres, et ce projet nous a ainsi permis de recréer un espace idéal widmérien, ou en tout cas qui fait écho à ses méthodes de travail.</p><p><strong>JW&nbsp;:</strong> Ce qui était intéressant, cest le nouveau pôle impression de lÉcole, qui permet de faire des essais directement. Quand jétais enseignant, il ny avait pas dimprimerie. Javais fait installer une machine à traits tramés pour faire comprendre limpression aux élèves. Jai été étonné quand jai vu Odilon arriver avec les affiches imprimées.</p><p><strong>OC&nbsp;: </strong>Oui, comme nous navions pas voulu ou pu exposer les originaux des travaux de Jean, nous avons dû prendre en photo toutes les affiches, les peintures et les sculptures pour les reproduire en numérique. Il y a eu du travail de retouches couleurs, nous avons pu imprimer les fac-similés des affiches au pôle impression de lÉcole. Finalement nous avons tout de même glissé un original dans lexposition&nbsp;: laffiche de la série du CCI <em>Pliable Empilable.</em></p>"},"id":"a76088f6-9fca-41a7-8e4d-26b973945405","isHidden":false,"type":"text"},{"content":{"location":"kirby","image":["file://e2pj5gz9tfcnwvce"],"src":"","alt":"","caption":"Eléments didentité visuelle","fullwidth":"false"},"id":"530fe72f-8188-49ad-acd2-fcf2b25b1905","isHidden":false,"type":"spreadimage"},{"content":{"text":"<p><strong>Un des aspects importants du travail pour lensemble du design visuel lié à cet hommage à Jean Widmer est la création dune typographie.</strong></p><p><strong>JW&nbsp;:</strong> Les cours de typographie, de création de lettres, étaient obligatoires quand jétais étudiant. Il fallait faire une lettre ultra simple, et cela faisait partie de la recherche des «fondamentaux». Une fois quon avait fait un caractère disons «bâton», comme on lappelle, on avait tous les ingrédients (proportions, etc.) pour construire lalphabet. On avait trois ou quatre professeurs très exigeants mais une fois quAdrian Frutiger a eu fait son catalogue <em>Schrift, Écriture, Lettering </em>pour son diplôme, on a eu limpression que cétait indépassable. Cétait presque toute lhistoire des lettres!</p><p><strong>PJ&nbsp;:</strong> Nous avons dabord cherché dans lensemble des typographies existantes et nous avons eu lintuition quil fallait une «linéale», cette famille de caractères très lisibles sans empattement (comme l<em>Helvetica</em> ou l<em>Arial</em>) qui représente une part visuelle forte du travail de Jean. Il fallait aussi un caractère typographique discret qui permette de mettre en avant le travail de la couleur. Comme nous avions tous les trois des avis assez divergents sur le choix de ce caractère, nous nous sommes demandé sil ne vaudrait pas mieux dessiner un nouveau caractère typographique propre à lévénement. En échangeant avec Jean, en consultant ses archives, ses maquettes, ses volumes et ses pliages, nous avons décidé dorienter ce nouveau caractère typographique dans lesprit dune «linéale», avec la régularité et la volonté de transparence des formes propre au graphisme suisse. Nous avons donc conçu ce caractère, baptisé <em>BauBau</em>, à partir de formes rondes faisant référence à celles du Bauhaus, et nous lavons ponctué dautres lettres travaillées à la manière des pliages de Jean. Ces nouvelles formes plus radicales contrastent avec le reste du caractère et se rapprochent de formes concrètes plus géométriques et plus droites. Ces lettres supplémentaires que lon appelle des <em>alternate</em> viennent créer une nouvelle dynamique, apportent des variations pour produire une typographie plus identitaire.</p><p><strong>OC&nbsp;:</strong> Il fallait un caractère qui résiste à la variation déchelle, une même graisse utilisable pour les titrages de lexposition et pour les légendes dans le livre. Encore une fois ces différents usages ont agi comme les règles dun système, conditions à la création de ce caractère. Nous avons pensé par exemple au travail de Wim Couwel sur le caractère <em>New Alphabet. </em>Cette typographie expérimentale nêtre constituée que dune seule graisse&nbsp;: pas de gras, pas de <em>light</em>. Ni italique. Jean nous a dit quil lui semblait que les graphistes de notre génération avaient envie de caractères plus lourds, plus gras. Une bonne partie de sa carrière, il a fonctionné avec de l<em>Helvetica</em>, des linéales fines, maigres. Il a également un usage réduit des majuscules. Cest ce qui nous a poussé à travailler les <em>alternate</em> sur les bas de casse. Nous nous sommes beaucoup concentrés sur lusage majoritaire des majuscules, cela fait partie de lidentité du projet.</p><p><strong>PJ&nbsp;:</strong> Le minuscule apporte une marque plus forte avec des rythmes plus assumés qui donnent tout de suite une identité formelle à un caractère typographique. À linverse, les majuscules sont plus stables et montrent moins de variations visuelles. Les minuscules rythment et varient avec les montantes et les descendantes des lettres et apportent une manière plus vivante dorchestrer un texte.</p><p><strong>EZ&nbsp;:</strong> Avec les <em>alternate</em>, il y a la possibilité pour une lettre davoir deux formes et donc deux intentions différentes. À la manière de Jean Widmer qui éprouve la même forme en la répétant, en la colorant, dans les affiches du CCI mais aussi dans ses sculptures et ses peintures&nbsp;: cest aussi une forme de jeu, un jeu délicat de clins dœil, dhommages qui ne soient pas trop appuyés, pour ne pas être dans une simple copie. Grâce au cadre de ce projet, on a pu être en recherche permanente. Je me souviens que pour linvitation, cétait une première version du caractère qui a été utilisée, puis une seconde plus complète pour lexposition et une troisième, la plus avancée, pour le catalogue. Le caractère a pu être éprouvé et sest enrichi de ses différents supports.</p><p><strong>Justement, comment sait-on quand une création «tient» toute seule, que cest bon, que le travail est achevé?</strong></p><p><strong>JW&nbsp;:</strong> Eh bien par exemple, à leur création, les Ateliers de restauration du Louvre mavaient passé commande dun logo pour leur identité. Cétait un lieu où lon datait des œuvres par divers procédés technologiques. Un logo pour de lhistoire? Pour un travail historique? Quelle idée… Je suis allé au Louvre voir tous les anciennes typographies gravées sur pierre. Alors jai fini par trouver une lettre, qui ma beaucoup plu, dans un texte historique. Je lai montrée au directeur des Ateliers. Un chercheur est arrivé, qui a regardé ce quon faisait et qui a su dater aussitôt la lettre. Il lavait reconnue. En quelque sorte, il donnait la réponse au directeur&nbsp;: cétait bon. Ce nétait pas possible de faire une image, un logo&nbsp;: il ny avait pas de discussion possible. Je me suis mis à décliner un alphabet à partir de cette lettre. Donc pour répondre à votre question, lidée «tient» quand on est en rapport avec un client et quil ny a pas dexplication à donner!</p>"},"id":"13ec88e8-d18f-4700-9af2-47d72b530b9d","isHidden":false,"type":"text"},{"content":{"location":"kirby","image":["file://4n4xodebzjizqzuw"],"src":"","alt":"","caption":"Le catalogue en train de se faire","link":"","width":"","position":""},"id":"fa26ad39-7dc0-4b36-8b3f-055b08f3a4f9","isHidden":false,"type":"image"},{"content":{"text":"<p><strong>Et pour de jeunes graphistes en apprentissage?</strong></p><p><strong>PJ&nbsp;:</strong> Le catalogue a été un processus de travail sur le long terme. Cela a commencé par la mise en place de la maquette et du système typographique et iconographique de louvrage. Nous avons continué avec la retouche et le travail de transformation des chromies des images. Nous avons ensuite fait imprimer plusieurs planches-contacts, grâce auxquelles nous nous sommes rendu compte que le travail effectué sur les images nétait pas encore le bon. Nous avons donc dû recommencer ce travail plusieurs fois et jouer de manière subtile avec la retouche et limpression. Avec la crise sanitaire, le travail sest étendu malgré nous et on a pu se demander par moments quand est-ce que la fin arriverait. Mais cest grâce à ce temps plus long et au ralentissement de lensemble du processus que nous avons pu faire évoluer le catalogue et améliorer de nombreux détails qui nous paraissent aujourdhui plus quimportants.</p><p><strong>EZ : </strong>Même une fois chez limprimeur, le processus nétait pas complètement terminé. Media Graphic nous a permis de regraver deux plaques le jour même lors de limpression du catalogue, parce que certain réglages pour les images nétaient pas les bons. Sur presse, on peut aussi ajuster les niveaux dintensité de couleurs des encres, un outil qui sest révélé précieux dans le cadre chromique complexe de ce projet.</p><p><strong>JW :</strong> Ce qui est important, cest que quand on a une idée, il faut la réaliser, quelle marche ou non, et même si on sait quelle ne fonctionnera pas. Il faut la réaliser parce quelle interroge, quelle est toujours présente, et que quand elle est réalisée, elle compte autant que celle quon choisira finalement, sinon plus.</p><p><strong>Pour finir, peut-on revenir sur la question du volume et du pli, si importante dans le travail de Jean Widmer ?</strong></p><p><strong>JW&nbsp;:</strong> Une fois que jai quitté lenseignement, jai eu le temps, le calme nécessaires pour me livrer à la sculpture. Je travaille avec le papier et mes œuvres sont ensuite interprétées en métal. Celui-ci a des propriétés (le brillant, le mat, le poli, etc.) et des nuances qui nourrissent linvention. Passer de la deuxième à la troisième dimension, cétait important. Javais fait des travaux avec mes élèves qui avaient été des terrains dexpérimentation… Jai abordé la sculpture dune façon qui nétait pas théorique comme pour le graphisme. Dans celui-ci, il y a à mon sens une dimension artistique, et cest cette dimension que je ne voulais pas abandonner. Ce mélange était mal vu dans lécole de Zurich. Puis à lécole dUlm, Max Bill concevait le design comme un art. On la beaucoup critiqué pour ça, mais cétait mon dieu.</p><p><strong>OC : </strong>La première fois que je suis venu te voir, Jean, tu étais en train de travailler sur une sculpture du logo du Centre Pompidou. Tu avais complètement détaché cette forme de son contexte de logo, à tes yeux elle pouvait se suffire à elle-même, tu essayais de «faire léviter» cette forme, cest à dire de te passer dun socle visible pour que les deux emboîtements de volumes que forment la chenille fassent comme un mobile : on revenait à un enchaînement de formes dans lespace, à lessence de lart concret.</p><p><strong>JW : </strong>Cest un logo qui est de lart, qui est traduit de larchitecture. Javais regardé très souvent le Centre Pompidou et quand on ma brutalement demandé un logo, alors que javais précisé dans le projet que nous nen ferions pas, cela a été évident pour moi que jallais faire la façade… Est-ce que sa vue avait travaillé tout ce temps dans mon esprit? Je ne sais pas. Je me suis longtemps demandé pourquoi, face à ce que je percevais comme une agression, jai répondu comme une évidence&nbsp;: je vais faire la façade.</p><p><strong>OC : </strong>Quand nous avons commencé à réfléchir à lexposition, nous avons pris garde à ne pas travailler son identité avec une forme, un logo identifiable. Nous avons un peu reproduit ton idée pour le Centre Pompidou, un système plutôt quun signe. Quelque chose qui soit libre de se mouvoir dun support à lautre. Les couleurs et le caractère.</p><p><strong>EZ :</strong> Sajoutait à nos préoccupations une question despace : le livre en est un, une invitation en est un autre, etc. Un espace dexpostion nest pas une chose habituelle pour des graphistes. Dans un livre, à moins den démonter la couture, il ny a que deux pages qui se font face. En revanche, dans une exposition, de nouveaux parallèles sont possibles entre des volumes, des affiches ou des magazines. Ce qui sest avéré assez pratique pour créer des liens et retracer la vie de Jean Widmer. Notre espace dexposition possédait un grand mur arrondi, ce qui nous a aidé à cadrer une longue frise chronologique retraçant le travail de Jean. Elle permettait de mettre en avant des similitudes entre une affiche et une sculpture, de lier les projets, quel quen soit le support.</p><p><strong>OC :</strong> Quand nous avons sélectionné les œuvres, des liens entres certaines sculptures, certains tableaux nous ont sauté aux yeux. Parfois il sagissait de tableaux que Jean avait volontairement retravaillés sous forme de sculpture, parfois nous avons trouvé des similitudes entre des œuvres qui nétaient pas directement liées. Pour nous, repérer un élément dans une photo du <em>Jardin des Modes</em> prises dans les années 1950 et retrouver son écho dans des projets des années 1990 après lavoir deviné dans les affiches du CCI, cétait devenu comme un jeu.</p><p><strong>EZ :</strong> Cétait aussi notre manière à nous détudier ces formes, en les disséquant, en zoomant, en changeant les couleurs avec une facilité permise par les outils contemporains. Un processus qui nous a aidés pour comprendre le travail de Jean Widmer et que lon souhaitait faire transparaître dans lexposition.</p>"},"id":"446be393-1b65-4f1d-9b66-d89f3707e1c1","isHidden":false,"type":"text"}]
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