Chapeau: <p>Dans un entretien avec Odilon Coutarel, Paul Judic et Eugénie Zuccarelli – les trois jeunes graphistes auteur.es du catalogue « Jean Widmer, une traversée » – le célèbre artiste suisse, designer entre autres des identités visuelles du Centre Pompidou et de l'Institut du Monde Arabe, revient sur sa philosophie de l'enseignement et la logique sensible de ses créations.</p>
Text: [{"content":{"text":"<p>En 2019, l’École des Arts décoratifs consacrait une exposition et un colloque à l’œuvre et à l’enseignement de Jean Widmer, à qui l’on doit entre autres d’avoir totalement rénové la pédagogie de la communication visuelle, au sein de cette même école. Le catalogue qui rend compte de cet événement, <a href=\"https://www.lespressesdureel.com/ouvrage.php?id=7464\"><em>Jean Widmer, une traversée</em></a> vient de paraître. L’occasion d’une conversation entre ce graphiste essentiel et trois jeunes étudiant.e.s qui se sont inspiré.e.s de ses méthodes pour rendre hommage à son génie créateur.</p>"},"id":"1ebc4a9b-8c27-49b8-b250-18430ae66330","isHidden":false,"type":"text"},{"content":{"images":["file://h6hivgu4wmsnxgmv","file://jkixi1ufyzyzarjy","file://eegq1akt2uyogeqo"],"caption":"Vues de l’exposition","ratio":"","crop":"false"},"id":"75758705-5244-4302-94b7-f42ef79e4881","isHidden":false,"type":"gallery"},{"content":[],"id":"15d4d2d3-bb7c-4e09-85ac-67dcf082fb5a","isHidden":false,"type":"break"},{"content":{"alignment":"","text":"<p><strong>Comment ce projet a-t-il vu le jour?</strong></p><p><strong>Odillon Coutarel :</strong> Laurent Ungerer, qui enseigne le design graphique à l’École des Arts déco, avait la volonté de créer un événement pour fêter les 90 ans de Jean Widmer. Il nous a proposé de nous en charger. En partant de l’idée de dialogue intergénérationnel, Laurent a organisé un atelier pour les élèves de première année, puis on a développé le projet d’exposition et de colloque.</p><p><strong>Jean Widmer :</strong> Je trouvais cette idée très séduisante, mais ce qui m’inquiétait c’est que je devais ressortir toutes mes archives et je me demandais combien de temps cela allait me prendre! Je craignais que cela ne m’empêche de peindre, ce qui est désormais mon activité principale. C’est une idée que je trouvais intéressante dans le contexte de l’enseignement tel qu’il est pratiqué aujourd’hui, beaucoup plus porté sur la typographie qu’à mon époque.</p><p><strong>Eugénie Zuccarelli :</strong> On est allés avec Laurent Ungerer chez Jean Widmer et on a tout sorti. Dans les réserves, il y avait en particulier des caisses de projets et surtout toutes les recherches de couleurs, de formes, présentées dans de grands classeurs. Ils étaient assemblés pour présenter aux clients les idées et les archiver, comme on peut le faire aujourd’hui avec un PDF. On les a feuilletés avec Jean qui nous les a présentés et c’est comme ça qu’on est tout de suite entrés dans la matière même de son travail.</p><p><strong>OC :</strong> Il y avait des éléments qui nous intéressaient, notamment du début de sa carrière, avant son travail pour les galeries Lafayette, des travaux qu’il ne tenait pas spécialement à montrer, mais qui nous semblaient intéressants parce qu’ils permettent de comprendre la progression de sa pratique.</p><p><strong>JW : </strong>Oui, j’étais un peu réticent parce que c’était le début… Je venais d’arriver en France et je n’ai pas continué dans la publicité. Je me voyais plutôt comme le «graphiste de l’Etat», si l’on peut dire, parce que j’avais reçu des prix, que mes commandes étaient celles de musées, tout était apporté par des concours. Certes, il fallait les gagner. Mais moi j’aimais bien faire des concours, ce qui n’était pas le cas de tout le monde. Et j’avais développé une méthode pour les concours, en outre. C’étaient de grands travaux qui demandaient une équipe. Quand j’ai créé l’agence Visuel Design, cela permettait de traiter plusieurs commandes en même temps. Lorsqu’un graphiste était chez nous depuis plusieurs années, qu’il s’était formé à nos méthodes, on pouvait commencer à lui confier des projets. Certains travaillaient sur l’identité visuelle des musées, d’autres sur des pictogrammes, etc. C’est cette envergure nouvelle qui caractérise un peu ce qui nou